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Le risque d’être heureux
par Véronique Leduc





Culture du négatif dites-vous?
Saviez-vous qu’il n’existe pas de définition propre du mot paix?

Dans le Larousse, la définition de paix est donnée par la négation:

« Situation d’un pays, d’un peuple qui n’est pas en guerre. », comme si la paix ne pouvait exister sans guerre.




Le risque d’être heureux

par Véronique Leduc


« Mesdames et messieurs, dans la nuit d’hier, un bambin a tragiquement perdu la vie dans un incendie qui pourrait être criminel. Dans la région métropolitaine, un accident de la route causé par l’alcool fait trois victimes grièvement blessées. Les dettes étudiantes augmentent. Un ouragan se déplace. Sinistrés. Viols. Mensonges. Poursuites. Erreurs médicales. Meurtres. »

Amusons-nous. Imaginons :

« Mesdames et messieurs, dans la nuit d’hier, le bambin tant attendu du couple Sauvageau est né sans aucune complication. La première fleur du jardin de Madame Coutu a éclot cet après-midi. Trois étudiants de Montréal ont reçu une bourse. Un système de beau temps arrive. Mouvements écologistes. Mariages. Bénévoles. Rétablissements. »

Données manquantes
Nous pourrions faire le compte, jour après jour, des morts tragiques, appuyés par les images et les statistiques présentées aux nouvelles du soir. Pourrions-nous compter les naissances? Nous nous attristons sur le sort des endettés et des prostitués, mais ignorons ceux qui s’en sont sortis. Nous suivons des criminels pas à pas lors de leur condamnation, mais ignorons le parcours des bénévoles. Nous entendons des cris, mais pas de rires. Bref, nous nous informons sans cesse du malheur des uns en ne sachant rien du bonheur des autres.

Heureux, cachez-vous!
Le malheur, tous les jours, exécute un strip-tease indécent pendant que le bonheur, éternel pudique, se cache sous d’innombrables couches. C’est à croire qu’il est risqué d’être heureux et qu’il est préférable de le cacher. A quelques rares reprises, les nouvelles chuchotent un bonheur. Mais attention, il doit passer une sévère sélection; il se doit d’être insolite et préférablement précédé d’un grand malheur. Les bonheurs simples échouent ce test à coup sûr.

Les pleurs payants
On dit que l’argent ne fait pas le bonheur. On ne croit pas si bien dire; le bonheur ne fait pas d’argent non plus. Seul le malheur des gens rapporte. Seuls les pleurs font apparaîtrent des dollars dans les yeux des propriétaires de chaînes télévisées.

Le malheur est payant parce que les gens le regardent et ont un intérêt spontané pour les faits divers. Mais est ce que ce goût du public n’est pas en partie dicté par ce qu’il y a dans son assiette? En 2000, un sondage du Conseil de presse du Québec questionne les citoyens sur le principal reproche qu’ils feraient aux médias. Les québécois sont unanimes : les médias diffusent trop de « mauvaises nouvelles ». Lorsque le citoyen n’a pas de menu, il se nourrit de ce qui se trouve devant lui.

Outre son pouvoir mercantile, la dissection publique du malheur des gens a un autre pouvoir très puissant; il fait peur. Telle une capsule paralysante, le malheur pousse les gens à rester devant leur télévision. Au lieu de faire la fête à plusieurs, l’homme vit alors la peur en solitaire.

La réalité
Bien sûr, il serait irréaliste de ne parler que du bonheur, mais il l’est tout autant de ne parler que du malheur. Pourquoi ne s’attarder qu’aux problèmes? « Pour tenter de les régler », proposerai-vous. Mais alors qu’ils sont résolus, pourquoi ne pas s’y attarder, se féliciter et festoyer?

On ne m’a jamais demandé ce qu’il m’importait de savoir. Et bien voilà; j’exige qu’on me présente la réalité, je réclame le droit de savoir les joies autant que les peines. Je propose le principe du Mini-Wheats; sérieux d’un côté, amusant de l’autre. Pour le moment, je me méfie des nouvelles comme je me méfie du malheur. En attendant un changement, je m’informe en imaginant ce jour où les faits divers seront vraiment divers. Je m’endors après les nouvelles du soir en rêvant à cet utopie des nouvelles Mini-Wheats et je console mes inquiétudes en pensant que le bonheur existe, mais qu’il devient invisible à la caméra.

Notre société est malade. Le diagnostic est clair : nous vivons dans une culture du négatif.

Alternatives qui consistent à s'impliquer positivement au niveau personnel, physique et social.



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