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Alexandre Goyette -- King Dave
par Joanie Pietracupa






Alexandre Goyette -- King Dave

par Joanie Pietracupa


Le choc de la surprise, l’impression de s’envoler, le sentiment de flotter sur un nuage, la sensation d’être aimé de tous et toutes. Autant d’expressions qui servent à expliquer la manière dont s’est senti Alexandre Goyette le 30 janvier dernier, alors qu’il raflait les prix du meilleur texte original et de l’interprétation masculine pour sa pièce King Dave à la Soirée des Masques. Portrait d’un nouvel artiste qui ne se laissera plus jamais marcher sur les pieds.

Décrivant d’emblée le Gala de la Soirée des Masques comme étant la plus belle soirée de sa vie, le jeune Alexandre Goyette ne peut réprimer un sourire à l’évocation de ce souvenir. D’abord simplement étonné d’être nominé dans les catégories « Productions Montréal » et « Interprétation masculine », l’auteur et interprète de la pièce de théâtre King Dave ne se permet d’espérer véritablement qu’un seul prix, soit celui du meilleur texte original. « On m’avait prévenu que si j’avais un prix à remporter, ce serait celui du texte », avoue-t-il. Déjà heureux et comblé lors de l’annonce de cette victoire, le jeune auteur se voit remettre le Masque des mains de nul autre que Robert Lepage : « Recevoir ce prix-là de Robert Lepage, c’était vraiment la cerise sur le sundae! » Mais là où la soirée passe en mode surréaliste, c’est au moment de la nomination de la meilleure interprétation masculine. Tranquillement assis sur sa chaise, les bras croisés, Alexandre Goyette regarde nonchalamment autour de lui, notant d’un œil distrait l’équipe de caméramans de Radio-Canada qui semble subtilement lui tourner autour. « Ça veut dire que c’est sûr que c’est toi qui gagne! », lui chuchote Maia Loïnaz, une de ses collègues avec laquelle il a fondé la troupe de théâtre LIF :T (Les Idées Flottantes : Théâtre), qui est derrière King Dave. Lorsque l’annonce de son numéro d’artiste du Bottin des Artistes apparaît sur le grand écran devant lui et retentit dans les haut-parleurs autour de lui afin d’annoncer le gagnant, la seule réaction de l’acteur est de se lever et de se rasseoir précipitamment, soudain incertain qu’il s’agit bien du sien. Comme les caméras se lancent à sa poursuite, Alexandre Goyette n’a d’autre choix que de se lever et de se diriger d’un pas incertain vers la scène. « Ça s’est tellement passé vite que je n’ai même pas eu le temps d’être stressé ou surpris! Je n’ai vraiment rien vu aller! », se souvient-il.


« King Dave, c’est définitivement ma fierté, mon petit bébé », confie Alexandre Goyette. « Peu importe ce qui arrivera, je pourrai toujours me dire qu’au moins, j’ai fait ça dans ma vie. J’ai eu les couilles de faire un projet personnel comme ça. » Après avoir joué Le Génie du crime au Théâtre Prospero en 2003, Alexandre Goyette se lance à l’écriture d’un sketch d’une douzaine de minutes qui relate des aventures d’un adolescent nommé Dave. Présenté par la troupe LIF :T après une représentation du Génie du crime, le sketch obtient un succès fulgurant et les spectateurs, tous genres et âges confondus, manifestent un grand intérêt pour le personnage de Dave. « J’ai donc décidé d’écrire une pièce de théâtre complète en partant avec cette idée-là. Je pense vraiment que ce qui a fait le succès de King Dave, c’est sa facture à la fois théâtrale et accessible. Pour rendre la pièce accessible pour tous, même pour ceux qui disent normalement détester le théâtre, comme il est souvent le cas chez les adolescents, j’ai décidé d’adapter des sujets contemporains, comme le passage de l’adolescence à la vie adulte et les gangs de rue, et des effets spéciaux ordinairement cinématographiques à l’expérience théâtrale. Ma mission, qui est également la principale mission de LIF :T, est de m’assurer un public de relève en lui donnant le goût d’aller au théâtre, sans pour autant l’obliger à y venir. » Mission accomplie, donc? « Oui, parce qu’avant même les mises en nomination aux Masques, nous savions que King Dave serait présenté au Carrefour International du Théâtre de Québec, du 16 au 19 mai prochain, et ensuite à La Licorne, à Montréal, durant les deux dernières semaines d’août », répond fièrement l’acteur. Une tournée canadienne anglaise pourrait également faire suite au projet, tout comme l’idée d’une adaptation cinématographique de King Dave, qui est actuellement en pourparlers.
À savoir s’il est plus heureux d’avoir reçu le Masque du texte original ou de l’interprétation pour cette pièce de théâtre, Alexandre Goyette hésite : « C’est sûr que moi, je suis un acteur. Pas un auteur, contrairement à ce que tout le monde semble penser. Si jamais l’envie me reprend d’écrire, je le ferai, mais d’un autre côté, King Dave pourrait très bien être ma seule création. C’est donc sûr que je suis extrêmement content d’avoir remporté le prix de l’interprétation, mais je dois avouer que celui du texte signifie quelque chose de particulier pour moi. » C’est ainsi qu’il confie s’être fait rabaisser par des professeurs sur le plan intellectuel à plusieurs moments dans sa vie, ceux-ci lui conférant un trop haut niveau d’immaturité. Sorte de douce revanche, ce prix porte donc une place toute particulière dans le cœur du jeune homme. Autre médecine amenée par l’entremise de ces prix : une nouvelle confiance en soi. Autrefois gêné à l’idée de dire non à une demande lancée par un réalisateur vis-à-vis laquelle il ne se serait pas senti à l’aise, comme par exemple à l’idée de faire une scène de nu ou de se mettre à pleurer sans préparation préalable, le « nouveau » Alexandre Goyette sait faire la différence entre ce qu’il est prêt ou non à faire pour la télévision. « C’est certain que la prochaine fois qu’on me demande de faire une scène de nu, je vais tout d’abord évaluer la pertinence de cette scène et si je la juge essentielle au déroulement de l’histoire, je vais voir à ne pas être en présence de trente-deux employés comme la dernière fois! Ou bien ils sortent tous du studio, ou bien ils se déshabillent comme moi! », s’exclame-t-il avec un petit sourire en coin. « Mais c’est difficile de ne pas s’endosser la réputation de « diva » en agissant de la sorte, par contre. »

Qu’on se le tienne pour dit, Alexandre Goyette n’a rien d’une diva, si ce n’est d’avoir une nouvelle confiance en lui toute naturelle, qui ne peut que le rendre plus sympathique aux yeux d’un public déjà séduit. « Je me suis souvent fait arrêter dans la rue par des gens après la Soirée des Masques. Je pouvais lire dans leurs yeux et dans leurs sourires qu’ils avaient apprécié de voir ma réaction spontanée et naturelle lorsque je suis monté sur la scène. »


Alexandre Goyette en quelques mots…

Si sa gueule de tombeur et sa voix à la fois dure et tremblotante ne vous paraissent pas inconnues, c’est que depuis quelques années, le jeune comédien (tout juste 26 ans!) a pris d’assaut notre univers théâtral et télévisuel. Et voici comment.

Très tôt dans sa vie, alors qu’il était encore à la petite école, Alexandre Goyette s’est retrouvé contre toute attente dans la pièce de théâtre annuelle de son école secondaire. « C’était la première fois que tout le monde me félicitait pour quelque chose que j’avais vraiment du plaisir à faire », se souvient-il à propos de l’interprétation de son rôle. Une passion était née. Après avoir terminé ses études en théâtre au Collège de Sainte-Hyacinthe en 2002, le jeune comédien forme la troupe de théâtre LIF :T avec la collaboration de deux autres acteurs, Maia Loïnaz et Jean-Pascal Fournier. Ceux-ci produisent donc Le Génie du crime, de George F. Walker, suivi de King Dave et plus récemment, Pièce d’identité. Outre les productions théâtrales avec LIF :T, le comédien a entre autre été dirigé par Claude Poisssant dans La fausse suivante au Théâtre du Nouveau Monde, par Benoit Vermeulen dans Les Zurbains, par Daniel Paquette dans Méphisto et par Brigitte Poupart dans Babel à L'Espace Go.

Côté télévisuel, l’acteur n’a pas non plus chaumé. Mis à part de nombreuses publicités (Volkwagen, Jean-Coutu, …), nous avons notamment pu le voir dans Grande Ourse, Providence, Minuit, le soir et La promesse; et au cinéma dans Miss Météo, du réalisateur Fançois Bouvier et dans Intersection, de Ricardo Trogi. « Providence et La Promesse, ce sont comme mes « écoles » du jeu devant la caméra. Parce qu’entre jouer sur les planches et devant des caméras, il y a un grand fossé », explique Alexandre Goyette. Certes, ces rôles qui lui familiarisent une notoriété grandissante se ressemblent un peu tous, mais celui-ci jette le blâme sur le casting : « Avec mon physique, on ne m’offre que des rôles de policiers, de camionneurs, de tombeurs, bref, de gros gars machos. » Loin de s’en plaindre, le comédien semble toutefois prêt à prouver à tout un auditoire qu’il n’est pas qu’un paquet de muscles. « J’aimerais ça, un jour, jouer un gars sensible et troublé. » Qu’on se le tienne pour dit, ce « King Dave » des temps modernes n’a rien d’un Casanova insensible et imbu de sa personne.

Et d’autres projets pour l’année qui s’en vient? « Mis à part King Dave à Québec, à La Licorne et peut-être en tournée canadienne, je vais également faire partie de C.A., la nouvelle série de Louis Morissette, qui mettra en scène Louis Morissette, Antoine Bertrand et Isabelle Blais, entre autres, dont je commence le tournage le 2 mai prochain, et qui sera diffusée en septembre. Je joue aussi présentement dans plusieurs courts-métrages », énumère-t-il. Il faut aussi spécifier que durant l’heure de l’entrevue, il s’est également vu offrir par coup de fil le rôle d’un policier dans la fameuse adaptation cinématographique québécoise de Roméo et Juliette d’Yves Desgagnés. Un policier? « Oui », s’exclame-t-il en riant. « Qui d’autre que moi pour jouer le policier? » Occupé, donc. Ce à quoi il répond à la blague qu’au Québec, afin de pouvoir vivre de leurs seuls statuts de comédiens, les acteurs se retrouvent bien souvent dans l’obligation de jouer dans pratiquement tout ce qui s’offre à eux. Ce qui tombe bien, parce que ça signifie que nous, on n’a pas fini d’entendre parler d’Alexandre Goyette…

L'ensemble de la production, de la diffusion et de la consommation des produits de l'esprit créateur humain dans le domaine des arts et des connaissances.



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